Ne pas confondre centre-ville et proximité

 

La confusion, trop souvent faite du centre-ville et de la proximité, est porteuse de conséquences funestes pour le commerce et ceux qui ont en charge de conseiller ce secteur.
C‘est certain, la proximité est la valeur à la mode qui se révèle en hausse de sondages en sondages et d’études en études. Son ascension n’est probablement pas proche de s’essouffler. Qu’il s’agisse de conseil, de lien social, ou de développement durable, tout concourt à ce succès. Le prix du carburant est venu, et sans doute pour longtemps encore renforcer cette tendance irrésistible.
Si tout va bien pour la proximité, en conclure que le centre-ville va mécaniquement profiter de l’aubaine serait une erreur totale. Le centre-ville doit de façon urgente développer son attractivité s’il ne veut pas connaitre des moments difficiles.
Un simple regard sur la démographie nous explique le phénomène : deux tiers des Français sont des banlieusards ! Entendez par là qu’ils habitent massivement des quartiers ou des communes périphériques. Les habitants des cœurs de villes ne dépassent pas 18% de la population. Les commerçants qui habitaient autrefois au-dessus du commerce ont suivi le mouvement.
Résultat des opérations, les centres villes ne vivent plus commercialement du « stock » des habitants des étages, mais du flux des consommateurs de la ville : ceux qui viennent y travailler, ceux qui viennent y consommer.
Le commerce de proximité au sens géographique du terme n’est donc pas nécessairement celui de centre -ville pour les consommateurs les plus nombreux. Commerce de quartier, galerie marchande, petit centre commercial sont des destinations plus proches que le centre- ville.
L’analyse de la fréquentation des différents pôles commerciaux, lors des soldes d’hiver l’a démontré : mauvais temps, plus essence hors de prix, ont entrainé une mauvaise performance des centre commerciaux des centres villes pendant que ceux de proxi-périphérie se portaient très bien !
Pour être performant, le centre-ville doit attirer et le plus loin possible. Il est donc nécessaire de juxtaposer des activités de « métiers de bouche » et d’alimentaire qui permettent aux autochtones de s’approvisionner sans avoir besoin de se rendre ne périphérie et du « non alimentaire » qui fera venir à la ville. Qu’on soit bien clair, ce n’est pas l’alimentaire qui « allonge » la zone de chalandise du centre-ville, c’est le non alimentaire !
L’équipement de la personne, le culturel, les loisirs, les soins esthétiques sont des atouts irremplaçables, ainsi que certains services.
Croire que le retour vers la proximité et la protection (nécessaire) des métiers de bouche suffiront à redynamiser le commerce de centre-ville, c’est se tromper lourdement.
D’autant que « la grande distribution »a compris que les concepts de proximité qu’elle a créés ne regagneraient pas tout ce que les hypermarchés ne gagnent plus, et s’est massivement tournée vers le « drive », combinant web, hangar et voiture, s’implantant donc en périphérie
Pour faire une ville dynamique commercialement, il faut manager le « club du rez de chaussée » comme le ferait un directeur de centre commercial, gérer la succession des émotions commerciales, mixer les activités, comme les enseignes avec les indépendants purs et durs. Il est nécessaire d’animer commercialement le centre-ville, de communiquer collectivement sur les activités que beaucoup ignorent alors qu’ils vivent ou viennent travailler dans la rue d’à côté.
L’architecture de certaines de nos cités, qui n’ont pas plus été conçues pour le commerce d’aujourd’hui que pour la voiture, nécessiteront des opérations de remembrement commercial pour créer les surfaces nécessaires au commerce d’aujourd’hui.
Voilà une tâche passionnante pour l’assistance technique et le management commercial de ville, enfin pour tous ceux qui se garderont bien de confondre succès de la proximité et la dynamique du centre-ville pendant que d’autres préparent la « proxi-périphérie ».
 

Jean Luc PINSON
Directeur prospective et développement du CEFAC

 

 

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